Après avoir participé pendant 10 ans sur Facebook à apporter des informations, partager du contenu qualitatif et suscitant les échanges et les débats argumentés, je poste à de mes derniers messages pour souhaiter les meilleurs voeux à mes amis/lecteurs, et décide de consacrer mon énergie en 2018 à construire des actions alternative plus équitable, libre que ce réseau social qui ne rend aucune valeur à ses usagers qu'est Facebook.
[1/5-Bonne Année 2018!]: [DE LA COMPETITION A LA COOPERATION. L'ENTRAIDE.]
Tous les êtres vivants sont impliqués dans des relations d’entraide. Tous. L’entraide n’est pas un simple fait divers, c’est un principe du vivant. C’est même un mécanisme de l’évolution du vivant : les organismes qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas les plus forts, ce sont ceux qui arrivent à coopérer.
En matière d’évolution, la clé du succès n’est pas la lutte pour la vie, mais bien plutôt l’entraide. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes, s'appuyant sur le fait que dans l’ordre du vivant, des sociétés bactériennes aux sociétés humaines, la coopération est hiérarchiquement supérieure à la compétition.
La compétition à son extrême ne favorise pas le lien, elle pousse au contraire souvent à tricher, détourne du bien commun. Elle crée souvent de nombreux perdants pour quelques gagnants.
En poussant le culte de la compétition à son extrême, et en l’institutionnalisant, notre société n’a pas seulement engendré un monde violent, elle a surtout ôté une grande partie de son sens à la vie. La compétition sans limite est une invitation — voire une obligation — à une course à l’infini. Le délitement des liens entre humains et des liens avec le vivant a créé un grand vide, un immense besoin de consolation, que nous tentons de combler en permanence par l’accumulation frénétique d’objets, de trophées, de conquêtes sexuelles, de drogues ou de nourriture. La démesure, que les Grecs appelaient l’hubris, devient alors la seule manière d’être au monde.
En science sociale — en économie, bien sûr, mais aussi en sociologie et en philosophie morale et politique —, le dogme dominant depuis les années 1970-1980 est que, dans la vie sociale, tout — actions, normes, institutions, croyances, etc. — s’explique par le jeu des intérêts en conflit, conscient ou inconscient. C’est la même croyance qui a dominé en biologie, avec la sociobiologie première manière et avec la théorie du gène égoïste. C’est ce qu'on appelle l’axiomatique de l’intérêt, ou encore l’utilitarisme. Cette croyance hégémonique est au coeur du néolibéralisme et produit par un mécanisme de "philosophie du soupçon", des individus isolés, et en compétition dans le spectacle de la marchandise.
[2/5-Bonne Année 2018!]: [LA PHILOSOPHIE DU SOUPCON, COEUR IDEOLOGIQUE DU NEOLIBERALISME - DOGME A FAIRE MUTER.]
L’entrée dans la modernité en Europe a été marqué par un traumatisme qui a été les guerres civiles idéologiques, les guerres civiles de religion, qui ont conduit les philosophes de l’époque à voir l’être humain comme naturellement violent, tyrannique, égoïste.
On se souvient de Pascal qui disait que l’homme était incapable de vrai et de bien.
Hobbes (faisant partis des premiers philosophe du contrat social) disait “L’homme est un loup pour l’homme”. Selon lui, les hommes sont dans un état naturel de rivalité mimétique, les uns avec les autres, parce qu’ils sont motivés par la recherche de l’intérêt privé, et que cette recherche porte naturellement les hommes au conflit, à la confrontation et à la concurrence.
Et le pacte social chez Hobbes, c’est le pacte passé entre les hommes, par lequel ils renoncent à la violence les uns sur les autres, autrement dit, à une part de leur liberté naturelle, pour confier cette liberté au ‘souverain’, en contrepartie de leur sécurité : l’homme accepte de ne plus être violent pour assurer sa survie et sa sécurité.
C’est dans ce contexte idéologique qu’est apparu la philosophie libérale, selon laquelle, l’individu va devenir, le seul juge de ce qui est bon et de ce qui est vrai. Du fait précisément que les guerres civiles idéologiques, témoignaient de cette tendance naturelle de l’homme à la tyrannie, qui poussait les hommes au conflit ; la philosophie libérale va considérer que c’est l’individu lui même qui est le seul normatif de ses pensées et de ses actions.
A ce moment là, dès le 17è siècle, puis de manière beaucoup plus développée au 18ème, l’idée va se développer que la rivalité et la défense de ses intérêts privés, constitue la garantie de la croissance économique, et donc par conséquent, de la prospérité des nations.
Cette idée se trouve présente chez un auteur comme Adam Smith (connu pour être le pape du libéralisme), mais aussi chez Bernard Mandeville, dans sa ‘fable des abeilles’, (Les vices privés font la vertu publique’). Autrement dit, c’est en l’homme ENTIEREMENT LIBRE, de poursuivre ses intérêts, de satisfaire ses passions, que l’on garanti le mieux, la prospérité économique des nations.
Le chercheur Lucien Jaume, a parlé pour décrire cette notion : d’individualisme méthodologique, à savoir que l’individu devenait alors le seul critère de référence dans la (dé)valorisation d’une pensée ou d’une action.
L’idée sous-jacente derrière ce principe, c’est que l’EGOÏSME serait la loi de la nature humaine. C’est ce que certains chercheurs du mouvement du M.A.U.S.S (mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales) ont appelé l’axiomatique de l’intérêt, c’est à dire le principe de l’égoïsme, étant censé être le moteur de toutes nos actions/pensées.
Dans cette optique libérale, dans cet axiomatique de l’intérêt, l’altruisme va donc commencer à devenir suspect ! On va soupçonner toutes les personnes qui font preuve d’altruisme, comme si l’altruisme n’était rien d’autre qu’une forme d’égoïsme. C’est à dire que ce serait une manière, pour employer un peu la terminologie de Bourdieu, d’accumuler du ‘capital symbolique’, autrement dit, de ‘Valoriser son image’. Donc selon ce point de vue libéral, toute manifestation d’altruisme, ne peut être considéré en dernier ressort que comme une manifestation indirecte subtile et déguisée, de l’égoïsme.
Donc selon ce principe, Socrates, Jesus-Christ, même Gandhi, Mandela, seraient des orgueilleux subtils, des égoïstes subliminaux ;)
[3/5-Bonne Année 2018!]: [CONSEQUENCES DE CETTE IDEOLOGIE, REGNE ET FIN DU MOI-JE ?]
C’est donc ce qui entérine la philosophie du soupçon, et je pense que cette notion n’est absolument pas étrangère aux différentes problématiques actuelles qui nous divisent aujourd’hui. Notamment celle de l'ingratitude, puisqu'elle nous met dans l'incapacité de reconnaître la valeur altruiste des autres, soit par compétition/ problème d'égo, soit par soupçon/méfiance systématique et donc de ne motiver que des comportements égoïstes contre toute collaboration possible.
Le soubassement idéologique de la méfiance systématique des libéraux, c’est ce qu’on pourrait appeler le postulat de la rivalité naturelle. Le postulat de la rivalité, c’est la condition de la possibilité du libéralisme. Celui-ci suppose 2 choses :
La première, c’est que l’être humain va d’abord rechercher son intérêt individuel,
La deuxième, c’est que la recherche individuelle de l’intérêt, débouche nécessairement sur la concurrence généralisée. Donc l’idée que la concurrence généralisée va être le moteur de la vie sociale et économique.
La concurrence ce n’est rien d’autre que ce principe de compétitivité, sur lequel est basé le capitalisme.
C’est que la liberté individuelle doit être sacralisée et défendue coûte que coûte contre la tyrannie du collectif (Tocqueville, sur la tyrannie de la majorité), et puis particulièrement contre la tyrannie de toute autorité, qui viendrait constituer un obstacle, ou une entrave, à la libre poursuite, par chacun de ses intérêts. Contre évidemment, toute notion de ‘limitation’.
Le libéralisme, c’est l’idée que la liberté de l’être humain ne doit pas rencontrer de limite. Cela permet d’éclairer le sens du combat des lumières, contre l’autorité, contre les figures de l’autorité, la lutte contre la monarchie, contre l’église, comme institution, lieu de pouvoir politique ou idéologique, mais aussi contre la spiritualité elle même, c’est à dire tout ce qui constitue un principe de transcendance, et en dernière instance, contre le collectif.
Le collectif étant aussi une norme, qui s’impose à l’individu, dans la communauté ou dans la société.
La philosophie libérale a donc engendré ce qu’on pourrait appelé la société des “droits”. Les droits des individus contre tout ce qui constitue un obstacle, un frein, une limite, à la poursuite de l’intérêt privé.
On comprend donc pourquoi nous vivons dans une époque divisée autour de combats pour les droits des minorités dans une compétition exacerbée au profit du capitalisme de la séduction.
La conséquence de tout ça est dramatique, puisque ce contexte idéologique laisse apparaître cette philosophie libérale, selon laquelle, l’individu va devenir, le seul juge de ce qui est bon et de ce qui est vrai.
L'époque "C'EST MON CHOIX".
"JE SUIS LIBRE DE ... EN TANT QUE.. étiquettedroitminoritaire/Musulman/Immigré/Juif/Gay/Françaisdesouche/GenderFluid/Ladyboy/etc." et le fameux combat des étiquettes et la guerre des -ismes pour mieux régner en divisant toujours plus au service de la marchandise.
[4/5-Bonne Année 2018!]: [LES RESEAUX SOCIAUX, FACEBOOK OUTIL DE LUTTE AVEC SES LIMITES BY-DESIGN. BREAK 2018]
Accentué par les réseaux social, Facebook étant le summum de cet outil ultra-libéral qui donne le pouvoir à chacun de pisser plus haut que son cul, et se croire plus intelligent en gonflant son égo avec quelques likes tout en participant activement à nourrir cette division massive entre individus et communautés.
Le grand gagnant c'est un système qui se retrouve avec des esprits inquiets, terrorisés, ne pouvant pas raisonner. C'est la peur qui domine en entretenant un climat de défiance généralisé entre les individus, entre communautés, entre sympatisants politiques, avec l'idée que celui qui exprimerait un désaccord ou un bémol, nourrirait forcément des arrières pensées ! Entretenant ces cadres et ces cloisons factices qui nous ISOLENT les uns des autres en poussant à ce que l'on se COMBATTE ENTRE NOUS, se neutralise, s'isole, au lieu de se PARLER. On accepte de parler de choses légères, mais on ne creuse SURTOUT PAS au delà de la surface. Sinon on se met en risque... Plus de place pour le débat courtois et argumenté.
Alors on n'a le droit qu'aux polémiques les plus pourries que les autres. Le débat inutile, la division massive gratuite et l'exaltation du MOI-JE, le débat bidon soutenu par les grands médias, dans la pathologie de l'égo pur, des individus dans une compétition écrasante ne laissant que vous vainqueur le grand capital et la marchandise. C'est la violence gratuite et déplacée, dans une société de mal-élevés sans cadre ni ordre ni respect. Plus aucun sens, aucune hiérarchie des valeurs, puisque dans une grille d'opposition du "moi-je/j'ai droit à l'égalité" des droits individuels avant le collectif où la seule norme est l'égo. (Vous sentez comme les débats autour du racisme refont subitement surface...isme vs isme toute l'année 2017!)
Modestie, tolérance et humilité, respect, générosité, deviennent indispensables dans cet environnement sans quoi il sera impossible de lutter contre un système qui se sert magistralement de tout cela pour nous opposer les uns aux autres en jouant sur notre égo, notre arrogance dans ce petit jeu de ségmentation de marché du "Je-suis-donc-j'ai-droit-à."
Revenir également à une solidarité authentique et pas à celle qui consiste à montrer aux autres qu'on est le plus malin, dans cette société qui nous fait croire qu'on a droit à tout pour se sentir faussement libre (entendre, de consommer librement).
Le ver étant dans le fruit, Facebook est contrôlé par un modèle centralisé autour des intérêts de ses actionnaires, et du profit à travers le modèle de la publicité et de l'exploitations des données. Pour arriver à leurs objectifs ces groupes vivant sur l’économie du like ont, plus qu’une tendance marketing, crée un élément essentiel permettant aux entreprises de générer de la valeur indépendamment du travail – gratuit – de leurs usagers. Au moment de son rachat par Facebook, Instagram n’avait par exemple aucun revenu quantifiable financièrement, mais l’application pouvait compter sur près de 50 millions de likes par jour. Autrement dit, pour maintenir leur croissance, les médias sociaux sont contraints de générer de plus en plus d’interactions par leurs usagers, réalisant grâce aux technologies de la persuasion ce que Tristan Harris a qualifié de "prise en otage de la pensée". Loin d’oeuvrer au développement personnel des individus, ces acteurs du numérique s’appliquent à capter la valeur de leurs usagers, tout en les empêchant de prendre part au développement de cette économie. Ce modèle n’a rien de spécifique au numérique, en réalité. Comme l’industrie traditionnelle, il exploite le temps et l’énergie des individus. Big data ou pas, il s’agit de les réduire à des statistiques en exploitant une vulnérabilité de la psychologie humaine. Aujourd'hui Facebook c'est des milliards de dollars de bénéfices chaque trimestre sur le dos de ses utilisateurs. Il est temps de changer le game.
“You never change things by fighting the existing reality.
To change something, build a new model that makes the existing model obsolete.” ― R. Buckminster Fuller
Facebook pouvait être un outil démocratique, transparent, permettant l'échange libre d'information, la discussion argumentée, et le débat courtois, mais il sert d'autres objectifs et est donc limité by-design. C'est dans son ADN qu'il ne servivra que les intérêts de l'ultra-libéralisme au service du grand capital et contre la solidarité et le partage dont nous avons besoin. J'ai malgré tout essayé de pousser dans cette direction pendant plus de 10 ans et je respecte tous ceux qui continuent à y croire. Je décide cependant d'accorder + de temps en 2018 à construire les alternatives plus libres, et à arrêter d'alimenter cette platetforme pour donner + de valeur et d'énergie à l'essentiel du nouveau combat à mener.
[5/5-Bonne Année 2018!]: [DEVELOPPER LES NOUVEAUX MECANISMES DE LUTTE QUI RENDRONT OBSOLETE CE MODELE EN FAVORISANT LA COOPERATION]
Il convient alors de développer ces nouveaux mécanismes qui ne reposeraient pas sur l’axiomatique utilitariste de l’intérêt et la compétition, mais prendrait au contraire comme point de départ par exemple la découverte de l’anthropologue Marcel Mauss dans son célèbre Essai sur le don (1924) : celle que, au coeur du rapport social, on trouve non pas le marché, le contrat ou le donnant-donnant, mais ce qu’il appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Ou, si l’on préfère, la loi de la réciprocité qui ne concerne pas que l'humain mais l'ensemble du vivant.
Au siècle dernier, notre monde est devenu extrêmement performant en matière de mécanismes de compétition. Il est grand temps de devenir tout aussi compétents en matière de coopération, de bienveillance et d’altruisme.
De nouvelles formes d’organisation collaboratives totalement décentralisée commencent à voir le jour.
Comme l’explique la chercheuse Primavera de Fillipi, elles sont basées sur les grands principes de la stigmergie observés notamment chez les fourmis. On y retrouve également les mécanismes issus de l’holacratie à savoir une organisation circulaire, sans chaîne de commandement et l’utilisation de rôles qui évoluent selon les besoins du projet. En supprimant ces éléments, l’organisation recentre son cœur d’activité à la base."
#stimergie : « Stimulation des travailleurs par l'oeuvre qu'ils réalisent »
#holacratie : « Système d'organisation de la gouvernance, fondé sur la mise en oeuvre formalisée de l’intelligence collective »
Il conviendra alors de redéfinir un nouvel ordre autour de modèles plus collaboratifs, horizontaux, plus flexibles et aussi plus humains.
2018 sera l'année du partage, de la collaboration/coopération, de l'intelligence collective, du circulaire, de la générosité de la bienveillance et de l'altruisme. C'est la meilleur manière de lutter!
Bonne année à tous !
Ceci est un recueil/remix de différentes réflexions / sourcées ou rédigées lors de l'année 2017.