Je remonte sur mon vĂ©lo devenu le compagnon de mes Ă©tĂ©s EuropĂ©ens. Direction l'Espagne. Jâai connu lâEspagne dans les annĂ©es 2000 et je partage mon temps EuropĂ©en entre les deux pays. Ayant de la famille Ă Pampelona jâavais choisi de traverser les PyrĂ©nĂ©es par Saint Jean Pied de port. Raison moins avouable les cols du pays basques sont moins Ă©levĂ©s que ceux de lâAriĂšge ou des Hautes PyrĂ©nĂ©es. Câest dans ce contexte et par le plus grand des hasards que je croise, un soir, la route des pĂšlerins de Santiago de Compostelle.
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Jâavais, comme tout le monde, entendu parler du chemin de Compostelle. Mon aversion pour les attroupements, mon niveau de spiritualitĂ© passablement limitĂ© et mon long Ă©loignement de lâEurope ne mâavaient jamais donnĂ© lâopportunitĂ© de mây intĂ©resser. Pourquoi aller marcher surdes Ă©tapes plus ou moins belles, incluant mĂȘme des parties en bord de route ? Pourquoi aller se promener justement lĂ oĂč tant de monde va alors que les PyrĂ©nĂ©es offrent une infinitĂ© de ressources pĂ©destres plus sauvages et spectaculaires ? Pourquoi aller chercher des rĂ©ponses Ă des questions que je ne me pose pas ? Pourquoi ne puis-je trouver le mĂȘme niveau de rĂ©flexion durant les longues heures de pĂ©dalage, couchĂ© sur un canapĂ© que je nâai pas encore achetĂ© ou au fond dâune bouteille de rhum ?
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Tel Ă©tait mon Ă©tat dâesprit lorsque jâai commencĂ© Ă croiser les stakhanovistes du coquillage. TraĂźnant leur fardeau de longues journĂ©es, bĂątons de marche, tĂȘte couverte, sac Ă dos plus ou moins encombrant, les pĂšlerins se ressemblent et se rassemblent. Câest lâĂ©tape dans un gĂźte dans la campagne de Saint Jean qui mâa permis de dĂ©couvrir le sujet « de lâintĂ©rieur ». Dâabord le fait dâĂȘtre le seul Ă ne pas faire le chemin est assez curieux, on entre dans une communautĂ©, comme un athĂ©e dans une Ă©glise. Tous les autres clients sont des pĂšlerins. On me fait dâailleurs comprendre, trĂšs gentiment, que jâai de la chance dâĂȘtre acceptĂ© ce soir. Pourtant la patronne mâa relancĂ©e plusieurs fois depuis ma demande dâinformation sur son site. Certains refuges sont, semble-t-il, plus exclusifs encore nâacceptant que les pĂšlerins qui portent leurs bagages eux-mĂȘmes.
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On me briefe rapidement, la marque de fabrique du chemin est le tutoiement, la belle affaire quand la moitiĂ© des conversations se passent dans la langue de la reine Elizabeth. Peu importe je suis dans la place, douchĂ©, hydratĂ© et heureux de lâopportunitĂ© de rencontres que me promet cette soirĂ©e.
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Une aprĂšs midi paresseuse et trĂšs agrĂ©able Ă tenir compagnie au cuisinier mâa fait saliver en plus de mâĂ©duquer sur cette belle rĂ©gion quâest le pays Basque. Ici on peut s'intĂ©grer facilement si l'on se sent Basque, que l'on s'intĂ©resse Ă la culture et aux traditions. Apprendre les rudiments ou plus de la langue est un plus. A ce prix un Ă©tranger peut-ĂȘtre accepter comme Basque. Si câest vrai, et je le crois en partie, je trouve cette conception inclusive du rĂ©gionalisme inspirante.
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Mais laissons ces considĂ©rations politiques et revenons Ă nos moutons, pardon Ă nos pĂšlerins. Lâheure du repas, pris en commun, arrive enfin. Plus affamĂ©s les uns que les autres par lâactivitĂ© de la journĂ©e, nous nous rĂ©jouissions vivement lorsquâun dernier obstacle survint : Le tour de table ! Chacun doit dĂ©cliner son prĂ©nom, les raisons pour lesquelles elle ou il est sur le chemin et ce que celui-ci lui apporte. TĂ©lĂ©phones en mode avion et commentaires interdits rien de moins. Et oui ce chemin nâest pas seulement une maniĂšre dâaller dâun point Ă un autre, câest LE chemin, une Ă©tape de vie. Respect !
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Quoi que mon intĂ©rĂȘt se porte plutĂŽt du cĂŽtĂ© de la cuisine, jâĂ©coute, dâune oreille distraite, les participants suivre lâexemple de la maĂźtresse de maison. Tel un professeur baissant le ton pour capter lâattention de ses Ă©lĂšves, elle a dĂ©clinĂ© son histoire, bien rodĂ©e, sur un ton monocorde invitant au recueillement. La pauvre rĂ©cidive chaque soir ! Et câest parti, chacun y va de sa petite phrase du style : Le chemin te donne et te prends tout, le chemin mâa permis de me reconstruire, sur le chemin je me sens Ă ma place ...
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Certaines idĂ©es sont Ă la mode, pratiques pour ceux qui ne veulent pas se creuser la tĂȘte le ventre creux. La principale est sĂ»rement la notion de belles rencontres Ă©phĂ©mĂšres. Lâesprit malveillant je ne peux mâempĂȘcher de penser Ă Kersauson qui disait aimer les ports car il nây restait jamais assez longtemps pour trouver les gens cons. Autre idĂ©e en vogue, celle de gens diffĂ©rents faisant le mĂȘme chemin pour des motifs diffĂ©rents. Câest sĂ»rement vrai mais jây ai surtout vu des EuropĂ©ens cherchant Ă passer des vacances diffĂ©rentes qui sont en rĂ©alitĂ© devenues ultra tendances. MĂȘme ceux partis pour le sport se laissent gagner par la mystique du chemin ou peut-ĂȘtre font semblant, pour jouer le jeu.
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Ne vous mĂ©prenez pas, jâai passĂ© une excellente soirĂ©e, entourĂ© de gens sympathiques qui avaient Ă cĆur de me faire dĂ©couvrir leur univers. Jâaime ce genre de contact, ce partage est ma principale motivation pour voyager.
La suite du repas, qui ne mĂ©rite pas dâĂȘtre narrĂ©e ici, fĂ»t pourtant la meilleure. Quoi de mieux qu'un bon repas quand on a l'estomac dans les talons ? Pour autant, je suis passĂ© Ă cĂŽtĂ© de quelque chose. OĂč les pĂšlerins ressentent la diversitĂ© je nâai dĂ©tectĂ© que ressemblance et instinct grĂ©gaire. OĂč ils trouvent leur paix ou leur sĂ©rĂ©nitĂ© je nâai discernĂ© quâendroits sur-frĂ©quentĂ©s. OĂč ils parlent reconstruction jâai vu une vie simple, faite de plaisirs simples, et qui en elle mĂȘme est un Ă©quilibre. Et si le chemin nâĂ©tait quâune façon de retrouver une vie « normale » ? Je vous avais prĂ©venu sur mon niveau de spiritualitĂ©.
* * * * * Fin * * * * *
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