Ou : Comment les Cigalois gèrent le changement que le temps apporte inévitablement.
J'habite maintenant depuis quelques années la petite ville française de Saint-Hippolyte (Gard). Quand je suis arrivé ici, j'éprouvais presque quotidiennement une grande émerveillement. Des tuiles sur les toits aux paysages subtropicalux : tout me semblait différent de ce à quoi j'étais habitué aux Pays-Bas. Cette grande émerveillement a depuis cédé la place à une bien meilleure compréhension et, bien sûr, à une certaine accoutumance. Mais en tant que nouveau "Cigalois" (habitant de Saint-Hippolyte) aux racines néerlandaises, mon regard reste différent ; les différences avec "le Nord" continuent de sauter aux yeux.
Par exemple, les Néerlandais ont tendance à opter pour du neuf radical lors de l'entretien de leur maison. Les Cigalois, eux, ont plus de respect pour l'existant, l'ancien, le durable.
Cela se voit dans les rues, sur les façades des maisons et surtout : sur les portes et les fenêtres. Lors de mes nombreuses promenades dans les rues, j'ai ressenti le besoin de préserver cette émerveillement encore présente. C'est ce qui m'a inspiré pour créer cette série sur les portes et fenêtres des Cigalois(es).
Ce qui frappe
J'ai tenté de mettre en mots ce qui m'impressionne tant. C'est la combinaison de l'ancien et du nouveau, la construction sur l'existant ; l'ajout de "nouvelles" nécessités (comme l'électricité, Internet) à ce qui existe déjà. Mais aussi la réparation sans fin de l'ancien, comme :
- de la nouvelle peinture sur de vieilles portes et volets usés par le temps
- de la vieille peinture sur de vieilles portes
- de nouvelles portes là où se trouvaient autrefois de vieilles fenêtres - l'encadrement en pierre est encore visible
- des fenêtres là où il y avait autrefois des portes, partiellement murées
- et vice versa
- de vieux murs sous un enduit écaillé
- un nouvel enduit sur de vieux murs
- de nouveaux compteurs et boîtes aux lettres dans de vieux murs, portes et fenêtres
Les fissures, les écaillages, la rouille, la fermeture, l'ouverture, la réparation, la peinture et le renforcement semblent faire partie d'un cycle éternel.
Des murs rugueux usés par le temps et une menuiserie raffinée, des couleurs douces et des matériaux durs.
Préjugés ou différence culturelle - avec un clin d'œil
Bien sûr, il est souvent facile - et parfois amusant - de tomber dans les préjugés que les Néerlandais entretiennent à l'égard des Français. Et dans ce cas, il s'agit surtout du désordre, ou ce qu'on appelle le "système D" français.
Là où les Néerlandais jugeraient que quelque chose est fait à moitié et de manière négligée - "à la française" - les Français y verront une solution pratique qui répond (en grande partie) aux exigences sans engendrer de coûts élevés (qui était économe, déjà ?).
Les maisons ici sont souvent construites - littéralement - pour l'éternité. Le village regorge de bâtiments datant des XVIIe et XVIIIe siècles, le rez-de-chaussée étant souvent encore plus ancien d'un siècle ou deux. L'eau courante, les égouts, les garages, les conduites de gaz, l'électricité, le téléphone et Internet... tout cela a été ajouté plus tard. Et nous ne parlons même pas de ce qui a disparu : les ateliers attitrés aux maisons, les petites boutiques, les moulins à eau, les usines entières, et les établissements de restauration qui étaient présents en grand nombre dans toutes les rues jusqu'au siècle dernier.
Il est donc logique de choisir la réutilisation et l'adaptation plutôt que la démolition et la reconstruction, ce que l'on voit à plus grande échelle aux Pays-Bas.
Bien sûr, en tant que Néerlandais, on pourrait dire que c'est un attachement absurde, voire chauvin, au passé, sans égards pour la modernité. Cependant, les nombreux nouveaux bâtiments (qui, soit dit en passant, sont souvent aussi laids que ceux des Pays-Bas) montrent que les Français sont tout aussi modernistes que les habitants du Nord.
Je dois conclure qu'il s'agit d'une différence d'approche : on ne jette pas ce qui fonctionne encore, on ne démolit pas ce qui est encore bon, mais on intègre le nouveau aussi bien que possible dans l'existant. C'est une forme de pensée durable que les Néerlandais ont échangée contre l'efficacité économique - à court terme.
Le fil conducteur
Toutes ces adaptations et constructions ont conduit à ce que j'ai commencé à voir comme un joyeux - et parfois magnifique - désordre. Des compositions trop belles pour être le fruit du hasard, ou si fortuites qu'elles en deviennent presque belles. Des compromis entre ce qui est beau et ce qui est nécessaire sur le plan pratique, entre la réalité du quotidien et l'esthétique éternelle.
Cela est devenu le fil conducteur de cette série d'œuvres : "Les Portes de St. Hippo".
Que n'ont-elles pas vu passer, ces portes, au cours de leur existence ? Des allers-retours quotidiens vers le travail ou le marché, à des vies humaines entières. Des occupations par leur propre gouvernement aux guerres contre des puissances étrangères. De la richesse et de la pauvreté à travers l'industrialisation et l'école militaire, jusqu'au déclin économique et à la renaissance ces dernières années.
Technique
La série est réalisée dans une technique que j'appelle "dessinographie" (que l'on pourrait traduire en néerlandais par quelque chose comme "teken-grafie") ; une combinaison qui restitue la réalité crue et la poésie exactement comme je les vois.
Parce que je veux rester fidèle à la réalité - et ne pas montrer quelque chose issu de mon propre imagination - l'utilisation de la photographie s'impose. De plus, cela m'oblige à me concentrer sur la composition et la sélection des sujets.
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J'utilise des applications de retouche photo uniquement pour perfectionner le cadrage et corriger les erreurs ou distorsions introduites par l'appareil photo. Dans de rares cas, je dois combiner plusieurs photos en une seule image pour obtenir le recadrage souhaité. Par ailleurs, l'utilisation de l'application se limite à l'optimisation de la saturation des couleurs, de l'éclairage et du contraste ; pas de retouches, pas d'ajouts ou de génération par IA.
Pour accentuer la représentation des matériaux, la structure de la pierre, du bois, de la peinture, etc., et pour clarifier la composition, j'utilise une application algorithmique qui génère un dessin vectorisé à partir de la photographie créée. Je manipule les paramètres (détails, style, équilibre entre lumière et ombre)pour obtenir l'effet souhaité.
Ensuite, je combine le dessin vectoriel, la photographie et un fond/cadre en plusieurs couches transparentes pour créer le résultat final.
Les images obtenues présentent une palette de couleurs qui s'intègre parfaitement dans la palette régionale du Languedoc, dont j'ai déjà parlé dans un précédent article.
Galerie
Je publie toutes les œuvres de cette série dans ma galerie sur NFT-Showroom. Voici une sélection de ce qui est actuellement disponible ; beaucoup plus à venir bientôt !
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