Contexte
Dans le cadre du M2 MFCA de l’Université de Lille, il nous a été demandé de soumettre une question technique à ChatGPT, puis d’analyser sa réponse de façon critique.
Voici mon travail sur les cycles historiques du prix du Bitcoin, en particulier sur les maximums locaux, les minimums qui leur succèdent, ainsi que l’amplitude des corrections observées depuis 2013.
Mon prompt ChatGPT
Tu es un expert en cryptomonnaies et en analyse de données financières. Réponds à la question suivante de manière structurée et précise :
Crée deux tableaux sur l'historique du prix du Bitcoin :
- le premier listant les principaux maximums locaux, avec la date et le prix en USD ;
- le second listant les minimums locaux qui leur font suite.
Ensuite, commente le schéma observé :
- y a-t-il une logique dans l'amplitude des corrections ?
- y a-t-il une logique dans les cycles ?
- y a-t-il une logique dans les délais entre les pics et les creux ?
Base-toi sur les données historiques disponibles depuis 2013 jusqu'à aujourd'hui. Sois précis sur les dates et les prix, et structure ta réponse avec les deux tableaux d'abord, puis le commentaire.
La réponse de ChatGPT
Avant les tableaux, il faut préciser que les chiffres ci-dessous sont arrondis et peuvent légèrement varier selon les sources. Certains sites utilisent les prix intraday, d’autres les clôtures journalières, et les exchanges n’ont pas toujours exactement les mêmes prix.
Je retiens ici les grands pics locaux majeurs depuis 2013, puis les creux importants qui les suivent.
Tableau 1 — Principaux maximums locaux du Bitcoin depuis 2013
| Cycle / phase | Date du maximum local | Prix approximatif en USD | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Bulle d’avril 2013 | 10 avril 2013 | ≈ 266 $ | Première grande bulle médiatique de Bitcoin ; le prix retombe rapidement vers 50 $. |
| Bulle de fin 2013 | 29-30 novembre 2013 | ≈ 1 132 $ à 1 163 $ | Sommet du premier grand cycle post-halving ; Bitbo donne 1 132 $ le 29 novembre 2013, Fidelity cite environ 1 150 $. |
| Cycle 2017 | 17 décembre 2017 | ≈ 19 700 $ à 19 800 $ | Sommet de la bulle ICO/crypto grand public ; Fidelity cite environ 19 800 $. |
| Premier sommet 2021 | 14 avril 2021 | ≈ 64 895 $ | Sommet lié à l’entrée plus visible des institutionnels et à l’euphorie crypto ; Oanda/Investopedia cite 64 895 $. |
| Second sommet 2021 | 8-10 novembre 2021 | ≈ 67 500 $ à 69 000 $ | Nouveau sommet historique du cycle 2020-2021 ; Fidelity cite 69 000 $, Investopedia cite 67 549 $ le 8 novembre. |
| Sommet ETF / pré-halving 2024 | 13-14 mars 2024 | ≈ 73 000 $ à 73 800 $ | Hausse très rapide après l’approbation des ETF spot Bitcoin aux États-Unis ; Investopedia cite 73 079 $ le 13 mars 2024. |
| Bull run 2025 | 6 octobre 2025 | ≈ 126 198 $ | Nouveau sommet historique du cycle 2023-2025 ; Investopedia cite plus de 126 198 $, Fidelity environ 126 200 $. |
Tableau 2 — Minimums locaux qui suivent ces maximums
| Maximum précédent | Date du minimum qui suit | Prix approximatif en USD | Correction approximative | Délai pic → creux |
|---|---|---|---|---|
| Pic d’avril 2013, ≈ 266 $ | Mi-avril 2013 | ≈ 50 $ | ≈ -81 % | Quelques jours |
| Pic de novembre 2013, ≈ 1 150 $ | 14 janvier 2015 | ≈ 152 $ à 164 $ | ≈ -86 % | ≈ 13-14 mois |
| Pic de décembre 2017, ≈ 19 800 $ | Décembre 2018 | ≈ 3 200 $ | ≈ -84 % | ≈ 12 mois |
| Pic d’avril 2021, ≈ 64 895 $ | 20 juillet 2021 | ≈ 29 800 $ | ≈ -54 % | ≈ 3 mois |
| Pic de novembre 2021, ≈ 69 000 $ | Novembre 2022 | ≈ 15 500 $ | ≈ -77 % | ≈ 12 mois |
| Pic de mars 2024, ≈ 73 000 $ | Août 2024 | ≈ 49 000 $ | ≈ -33 % | ≈ 5 mois |
| Pic d’octobre 2025, ≈ 126 198 $ | 22 novembre 2025 | ≈ 84 648 $ | ≈ -33 % | ≈ 1 mois et demi |
| Pic d’octobre 2025, ≈ 126 198 $ | 2 juin 2026, creux provisoire intraday | ≈ 70 122 $ | ≈ -44 % | ≈ 8 mois |
Commentaire du schéma observé
1. Les corrections majeures sont historiquement très violentes
Le premier élément très clair est que Bitcoin a historiquement connu des corrections beaucoup plus fortes que les actifs traditionnels.
Les grands marchés baissiers ont souvent effacé entre 75 % et 86 % de la valeur depuis le sommet.
On observe notamment :
| Cycle | Sommet | Creux | Correction |
|---|---|---|---|
| 2013-2015 | ≈ 1 150 $ | ≈ 152-164 $ | ≈ -86 % |
| 2017-2018 | ≈ 19 800 $ | ≈ 3 200 $ | ≈ -84 % |
| 2021-2022 | ≈ 69 000 $ | ≈ 15 500 $ | ≈ -77 % |
La logique est donc la suivante : après une phase d’euphorie, Bitcoin ne corrige pas simplement de 10 % ou 20 %. Il peut entrer dans un véritable marché baissier, où la baisse dure plusieurs mois et détruit une grande partie de la hausse précédente.
Cependant, on remarque aussi que l’amplitude semble avoir tendance à diminuer avec le temps :
- environ -86 % après le cycle de 2013 ;
- environ -84 % après le cycle de 2017 ;
- environ -77 % après le cycle de 2021 ;
- environ -44 % pour la correction observée au 2 juin 2026 après le sommet de 2025.
Ce n’est pas une loi mathématique, mais cela peut s’expliquer par la maturation du marché : plus de liquidité, plus d’investisseurs institutionnels, plus de produits financiers comme les ETF, et une capitalisation plus importante.
2. Les cycles semblent suivre une logique proche des halvings
Un autre schéma apparaît : les grands sommets de Bitcoin reviennent souvent autour d’un cycle de quatre ans.
Fidelity résume ce schéma ainsi :
| Sommet majeur | Creux majeur suivant |
|---|---|
| Novembre 2013 | Janvier 2015 |
| Décembre 2017 | Décembre 2018 |
| Novembre 2021 | Novembre 2022 |
| Octobre 2025 | Correction en cours sur 2025-2026 |
Ce rythme correspond assez bien à la logique des halvings, c’est-à-dire la réduction par deux de la récompense versée aux mineurs environ tous les quatre ans.
Le dernier halving a eu lieu le 19 avril 2024, faisant passer la récompense de 6,25 BTC à 3,125 BTC par bloc.
La logique souvent avancée est simple : le halving réduit le rythme de création de nouveaux bitcoins. Si la demande augmente ou reste forte alors que l’offre nouvelle ralentit, le prix peut monter.
Mais attention : ce mécanisme n’est pas automatique. Les cycles ne sont pas parfaitement réguliers et les performances passées ne garantissent pas les mouvements futurs.
3. Le délai entre pic et creux est souvent d’environ un an dans les grands marchés baissiers
Sur les grands cycles complets, le délai entre le sommet et le creux est assez frappant :
| Cycle | Pic | Creux | Délai approximatif |
|---|---|---|---|
| 2013-2015 | Novembre 2013 | Janvier 2015 | ≈ 13-14 mois |
| 2017-2018 | Décembre 2017 | Décembre 2018 | ≈ 12 mois |
| 2021-2022 | Novembre 2021 | Novembre 2022 | ≈ 12 mois |
Dans les grands cycles historiques, Bitcoin met donc souvent autour d’un an à former son creux après un sommet majeur.
Cela ne veut pas dire que ce sera toujours le cas, mais c’est un repère important.
En revanche, les corrections intermédiaires peuvent être beaucoup plus rapides :
- avril 2013 a chuté en quelques jours ;
- avril-juillet 2021 s’est déroulé en trois mois environ ;
- le sommet d’octobre 2025 a déjà été suivi d’un creux marqué en novembre 2025.
4. Le schéma global : hausse parabolique, correction massive, accumulation, nouveau sommet
Depuis 2013, Bitcoin suit souvent une logique de cycle en plusieurs phases :
- Accumulation : le prix stagne ou remonte lentement après un bear market.
- Hausse forte : la demande revient, les médias parlent davantage de Bitcoin, les investisseurs particuliers et institutionnels arrivent.
- Euphorie : le prix accélère très vite, souvent de manière parabolique.
- Sommet local ou historique : le marché devient trop optimiste.
- Correction violente : prise de profits, liquidations, panique, faillites ou durcissement macroéconomique.
- Creux de marché : les vendeurs sont épuisés, les investisseurs long terme recommencent à accumuler.
Ce schéma est visible en 2013-2015, 2017-2018, 2021-2022, et partiellement dans le cycle 2023-2026.
5. Conclusion : y a-t-il une logique ?
Oui, il existe une logique historique, mais ce n’est pas une règle mécanique.
| Élément observé | Schéma historique |
|---|---|
| Amplitude des corrections | Très forte, souvent entre -75 % et -86 % dans les grands bear markets |
| Évolution de l’amplitude | Tendance possible à des corrections moins profondes avec la maturité du marché |
| Cycles | Environ quatre ans entre les grands sommets, souvent liés aux halvings |
| Délai pic → creux | Souvent autour de 12 mois dans les grands cycles baissiers |
| Phase actuelle 2025-2026 | Correction importante depuis le sommet d’octobre 2025, mais encore moins profonde que les grands bear markets historiques |
Donc, historiquement, Bitcoin fonctionne par cycles de boom-bust : hausse très forte, excès spéculatif, correction profonde, puis reprise progressive.
Le point important est que les corrections diminuent peut-être en intensité relative, mais Bitcoin reste un actif extrêmement volatil.
Mon analyse critique de la réponse de ChatGPT
Ce que ChatGPT a bien fait
La réponse est rigoureuse et bien documentée.
Les deux tableaux sont structurés, les sources sont mentionnées, et ChatGPT prend soin de signaler les variations possibles selon les exchanges.
Le commentaire est équilibré : il identifie des régularités sans prétendre qu’elles constituent des lois.
La précision sur le cycle 2025-2026 avec des données actualisées jusqu’en juin 2026 est un vrai point fort, et la mention du halving d’avril 2024 ancre bien l’analyse dans le contexte récent.
Ce qui est incomplet ou nuanceable
Le principal manque de la réponse est l’absence de mise en perspective avec les facteurs exogènes.
ChatGPT présente les cycles comme s’ils obéissaient principalement à une logique interne à Bitcoin : halvings, offre, demande.
Mais plusieurs corrections majeures ont été déclenchées ou amplifiées par des événements extérieurs :
- la faillite de Mt. Gox en 2014 ;
- l’effondrement de FTX en novembre 2022 ;
- les décisions de politique monétaire de la Fed en 2022.
Réduire les cycles à une mécanique de halving revient donc à sous-estimer le poids du contexte macroéconomique et des crises propres à l’écosystème crypto.
Par ailleurs, ChatGPT présente la diminution de l’amplitude des corrections comme une tendance liée à la maturation du marché. Cette interprétation est raisonnable, mais elle peut être discutée.
On pourrait aussi argumenter l’inverse : une présence institutionnelle plus forte peut amplifier les mouvements baissiers, car les institutionnels ont tendance à vendre simultanément en période de stress, comme on l’a vu sur les marchés actions en 2008.
Ce que ChatGPT n’a pas vraiment “vu”
Le point le plus absent est la question de la prédictibilité réelle de ces cycles.
ChatGPT décrit des régularités historiques, mais ne soulève pas le problème fondamental : plus un schéma cyclique est connu et documenté, moins il a de chances de se reproduire à l’identique.
Si tous les acteurs du marché anticipent un sommet suivi d’une correction profonde environ douze mois plus tard, leurs comportements vont eux-mêmes modifier le cycle.
C’est un problème classique en finance : la réflexivité des marchés, théorisée notamment par George Soros. Cette dimension est complètement absente de la réponse.
De plus, ChatGPT ne questionne pas la pertinence de la notion même de minimum local.
La définition d’un pic ou d’un creux dépend de l’échelle temporelle choisie :
- ce qui semble être un sommet sur un graphique hebdomadaire peut n’être qu’une étape intermédiaire sur un graphique mensuel ;
- ce qui apparaît comme un creux local à court terme peut ne pas être le creux principal du cycle ;
- le choix de l’échelle temporelle influence donc directement l’interprétation des cycles.
Ce choix méthodologique, bien que raisonnable, aurait mérité d’être explicitement discuté.
En résumé
ChatGPT fournit une réponse solide, bien construite et utile pour comprendre les cycles historiques de Bitcoin.
Mais elle reste descriptive là où une analyse plus fine serait possible.
Trois limites principales ressortent :
- L’absence des facteurs exogènes, comme Mt. Gox, FTX ou les décisions de la Fed.
- La question de la réflexivité des marchés, c’est-à-dire le fait que les anticipations des investisseurs peuvent modifier les cycles eux-mêmes.
- Le problème de la définition des pics, des creux et des cycles selon l’échelle temporelle retenue.
Ces angles permettent de dépasser la réponse de l’IA et de montrer qu’un schéma historique n’est jamais une garantie de répétition.