Au Village des vieilles affaires

twoitguys(65)
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Je regarde les voitures se stationner une à une. Près du boulevard Jean-Talon, il y a une Jetta verte dont le muffler n’est retenu que par un bout de cintre tordu. Dans le parking, une grosse Lincoln grise se place sur deux cases et se mérite les coups de klaxon d’une Toyota de l’année. Le visage collé contre la baie vitrée de la friperie, je suis fasciné par ces boîtes de tôles colorés. J’ai hâte d’avoir seize ans et de pouvoir me promener comme les ados dans American Graffiti. Des gens de différentes tailles et couleurs rentrent dans la boutique, ils n’ont en commun que leur vêtement d’une autre époque.

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Ouimi se promène dans les rangées à la recherche de vêtement pour mon petit frère. Il grandit tellement vite et mes vieux pantalons que Nabil déteste sont déjà en lambeaux. C’est un des avantages d’être l’aîné. Je n’ai jamais eu à porter le linge d’un autre. Généralement, je reste dans la voiture. Mais je n’avais pas de livre avec moi aujourd’hui. Je n’aime pas faire du shopping. C’est tellement ennuyant et j’ai passé l’âge de traîner dans la section des jouets.

J’entends ma mère crier mon nom. Ce n’est jamais bon signe. Soupir. Je la rejoins. Derrière son panier, elle me pointe une mallette sur une étagère. Je ne dis rien. J’ouvre lentement l’étui en cuir. À l’intérieur, une petite machine à écrire Underwood bleue et blanche. «Royal Safari», ai-je murmuré. C’était un vieux modèle. Je crois bien que ça datait des années 50. Une antiquité. Le mécanisme semble encore fonctionnel. J’arrive à peine à y croire. Cela fait un éternité que j’embête ma mère afin d’obtenir une machine mécanographique. Elle doit coûter une fortune. Sur l’étui, un petit autocollant indique qu’elle est à 1.99$. Voilà qui est insultant, mais tout à fait dans nos prix. C’est délicatement que je dépose la dactylo dans le panier de ma mère.

Elle me regarde contente de me voir excité, tout en se demandant si elle ne finirait par regretter son choix. Allez, allez, on va à la caisse maman! On va à la caisse. Je veux rentrer à la maison l’essayer. Maman soupire. Starfallah!

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