“Qu’est-ce qu’une blockchain ? Un mot à la mode de moins en moins bien défini” David Gerard, auteur de “Attack of the 50 Foot Blockchain : Bitcoin, Blockchain, Ethereum & Smart Contracts, joint par email.
De très nombreuses définitions de blockchains sont disponibles dans des articles, fichiers audio et vidéos sur le web. Presque toutes sont fausses puisque partant d’un faux principe. Il n’y a pas de définition universelle d’une blockchain, et il y a un large désaccord sur quels paramètres sont essentiels pour définir une blockchain.
Bitcoin a été conçu pour être public et ouvert à tous, sa blockchain née du besoin de garder les participants honnêtes en absence d’une autorité centrale. Son design a sacrifié son rendement pour qu’un participant malhonnête ne paye pas pour réécrire le registre puisqu’il lui en coûterait une puissance de calcul si puissante que cela lui coûterait plus cher que les bénéfices qu’il pourrait en tirer. Pour cela, la blockchain Bitcoin consiste en un registre digitale qui enregistre toutes les transactions effectuées, de la première à la dernière.
Les copies du registres ne sont pas stockées sur un organe centrale ; au contraire, elles sont gardées par des super-utilisateurs appelés “noeuds”. Certains de ces noeuds, appelés “mineurs”, traitent les transactions et les ajoutent dans le registre dans des “blocs”, liant chaque bloc cryptographiquement aux blocs précédents. Miraculeusement, ce système, combiné avec la gestion de l’équipe de développeurs principale de Bitcoin, fonctionne depuis presque 10 ans.
Bitcoin, qui a démarré dans la folie de 2009, “est la première implémentation de la technologie blockchain”, d’après IBM. Et pour le moment, les nombreuses technologies conçues appelées “blockchain” aujourd’hui n’ont pas ou peu de ressemblances avec la blockchain Bitcoin.
Investopedia dit, “Une blockchain est digitale, décentralisée, registre public de toutes les transactions en crypto monnaies”. Une fois encore, la plupart des blockchains ne sont pas publiques, et de nombreuses autres pas décentralisées.
La définition d’IBM dit, “ la technologie Blockchain est utilisé dans un réseau de participants en pair à pair, qui participent tous dans une transaction donnée”. Excepté pour au moins une blockchain connue, celle construite par World Food Programme, il n’y a qu’un participant, lui-même. IBM ajoute : “Puisque le registre est distribué, chaque participant peut voir “l’état du monde” à chaque instant et peut contrôler l’avancement d’une transaction”.La blockchain Mastercard, cependant n’est pas visibles par tous (et ne semble avoir aucune autre utilité qu’un coup de pub, puisque Mastercard a admis que les paiements sont toujours transmis sur leur système existant).
Le système Estonien précède la blockchain Bitcoin, et il y a des désaccords sur le fait qu’il faille ou non l’appeler une technologie blockchain.
David Birch, un consultant fintech et auteur de Before Babylon, Beyond Bitcoin, s’est retrouvé à un événement blockchain avec le CIO Estonien, Siim Sikkut, qui semblait confirmer que le système n’était pas une blockchain.
“Je lui ai demandé d’où venait le mythe de la “blockchain Estonienne d’identité” puisque je trouvais particulièrement troublant que cette légende urbaine attire autant d’attentions”, écrit Birch. “Il répondit qu’il devait y avoir un lien avec la mauvaise compréhension des gens sur l’utilisation du hachage pour protéger l’intégrité des données du système Estonien.”
Le fournisseur technologique Estonien, Guardtime, s’est donné une nouvelle image passant de “horodatage lié au hachage” à “technologie blockchain”. Ce n’est pas forcément faux puisque “blockchain” n’a pas de définition faisant consensus, et pour le moment c’est un bon biais marketing.
La blockchain est ‘une structure de données en ajout seulement qui contient les enregistrements de données qui sont liés ensemble cryptographiquement”, disait-il. “Les données sont ajoutées à la structure existante quand de multiples participants arrivent à un consensus basé sur des règles pré-établies.”
“Blockchain privée est seulement un nom confus pour une base de données partagée”, écrit Arvind Narayanan, professeur adjoint en informatique à Princeton, qui co-enseigne un cours blockchain apprécié sur Coursera.
Narayanan fait valoir que l’innovation clef derrière la blockchain Bitcoin est le mécanisme de consensus de preuve de travail, qui a été pensé pour pouvoir remplacer une autorité centrale, avec des règles et des incitations qui gardent les membres du réseaux honnêtes. La preuve de travail est inefficace et c’est pour cette raison que le réseau Bitcoin consomme autant d'énergie, donc ce n’est pas forcément une mauvaise chose de l’abandonner. Mais, sans preuve de travail, y a t il quelque chose de vraiment nouveau dans la blockchain?
Angela Walch, une professeure associée à St. Mary’s University School of Law and research fellow au Centre for Blockchain Technologies at University College London, a écrit un document relatif à la terminologie blockchain et à la loi.
“De nombreux états sont vraiment dans un rush pour passer une législation pour montrer à quel point ils sont accueillants envers les cryptos et la technologie”, dit-elle. “La plupart d'entre eux ont mis des définitions de la technologie blockchain dans des lois qui sont, de ma perspective, des définitions très problématiques.”
La définition qui interpelle le plus Walch est celle définie par l’état d’Arizona. Arizona’s Electronic Transactions Act a amendé en 2017 afin de clarifier ce qui défini les transactions effectuée sur une blockchain. En faisant cela, le législateur écrit : “La technologie blockchain signifie une technologie de registres distribué qui utilise un registre décentralisé, partagé et répliqué, qu’il soit public ou privé, avec ou sans permission, ou dirigée par une économie basée sur des jetons ou non. Les données sur le registre sont protégés par chiffrement, est infalsifiable et contrôlable, et permet une vérité incensurable”.
L’expression “vérité non censurée” ignore également le fait que juste parce que la donnée est dans la blockchain elle n’en est pas pour autant juste. Une donnée fausse , telle une erreur sur un enregistrement médical, peut toujours être validée sur une blockchain.
“Que devra faire un tribunal quand cette définition n’a pas de rapport avec la technologie? Et quels seront les implications légales ? disait Walch. “La situation peut être particulièrement complexe.”
Comme si ça ne suffisait pas, la définition de l’Arizona est maintenant utilisé dans les propositions de lois d’autres états, notamment la Californie. Des blockchains ont été proposées à plus de 200 gouvernements pour de nombreuses applications incluants le vote, les registres de propriété et l’identité digital.
Un autre challenge est la prolifération de définitions légales qui “pourraient vouloir dire que ces juridictions sont en décalage et rendent difficile les processus légaux et l’application de la technologie”, dit-elle.
Lemieux est aussi bien au courant des idées fausses au sujet des possibilités des blockchains. “Le concept de fiabilité - au moins de la perspective de la science des archives- va bien au delà de ce que la blockchain peut faire, ou même promet de faire, dans la plupart des cas” dit-elle. Cette idée implique que ce qui y est inscrit est juste, “ ce qui n’est typiquement pas le cas de nombreuses solutions blockchains” et exagère leur fiabilité, ce qui est “un problème si vous avez mal écrit des contrats intelligents ou des nouveaux algorithmes de consensus pas testés.” Cela exagère aussi l’affirmation d'authenticité, qui se fie à la robustesse de n’importe quel système d’identité pairé à la blockchain. “Finalement, l’immuabilité implique la permanence, et il n’y a aucune garantie que les enregistrements sur le registre créé et conservée sur la chaîne durera, même avec énorméments de copies, puisque l’obsolescence technologique et le fait que les implications à garder le système en fonction puissent disparaître après un certain temps”, dit-elle.
Etablir une définition claire aidera à gommer un certain nombre de mauvaises compréhensions. “Développer une définition claire de ce qu’est la technologie blockchain nous aidera à répondre à ses carences et à l’améliorer afin de mieux l’utiliser dans les transformations prévues”, dit-elle. “C’est difficile d’avoir une discussion pour faire progresser la technologie ou son utilisation quand nous pensons à des choses différentes quand nous en parlons”. Malheureusement, elle estime que la terminologie standard prendra environ 18 mois à être finalisée.
Traduit librement d'après l'article d'Adrianne Jeffries https://t.co/F0CFHfyMN8