L'incompris du village

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J'aimerais parler de football et de la Coupe du monde, mais ce soir, en silence, l'homme que beaucoup appelaient "le fou du village" est mort.

En réalité, il n'était pas du tout fou, mais plutôt beaucoup plus sage que certains de ceux qui lui ont attribué cette appellation de manière pas très gentille. Je dirais que c'est un type original.

Il avait une diction traînante très reconnaissable, une sorte de marque de fabrique. Il était une mine de plaisanteries qui faisait sourire tous ceux qui lui parlaient.
Il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. Il vivait sur la place et il était le roi de la place.
Il y a quelques années, j'avais l'habitude de le rencontrer tous les matins et il n'y avait pas une seule fois où il ne m'adressait pas un sourire accompagné d'un "bonjour" retentissant. Parfois, il s'approchait de moi et me laissait lire un de ses aphorismes, tous très lucides et sensés. Il parlait des gens, de leurs folies, de toutes les fois où ils lui demandaient une faveur sans jamais la rendre. Une sorte de philosophe raté qui s'est permis d'écrire ce que les autres gardaient pour lui.

A une époque, avant ma naissance, il travaillait dur. Si fort qu'un jour, il est tombé gravement malade et a dû dire adieu à ce monde particulier, dont il était l'un des pionniers. Il n'a jamais été le même depuis. Il a perdu presque tout et ses vêtements étaient toujours ceux de quelqu'un d'autre. La bonne nouvelle, c'est qu'ils lui vont comme un gant.
Il portait toujours une cravate colorée ou inhabituelle les jours où il se sentait mieux et voulait bien s'habiller.

Puis un jour, il a arrêté de s'habiller gentiment. Il a même cessé de mettre sa chemise dans son pantalon. Il se promenait sale et avait perdu sa verve habituelle. Il toussait tout le temps, son visage était plein de blessures sanglantes qui ne guérissaient jamais. Ils m'ont dit que dans ses derniers jours, il a dit qu'il voulait mourir, qu'il se tuerait. Lui, la personne qui semblait la plus joyeuse dans ce pays de fous... ne pouvait plus le supporter. Et il était vraiment en train de mourir, lentement. Il mourait dans son âme et dans son corps.

En fait, c'était un homme solitaire. Parce qu'il connaissait tout le monde, mais il avait peu d'amis. Peut-être aucun qui l'était vraiment. Et il était tellement conscient de cette solitude assourdissante qu'il sentait un rocher là où son cœur devrait être.

Je n'ai aucune idée de l'endroit où les gens vont quand ils meurent, mais s'il existe vraiment un endroit où ils peuvent se retrouver, j'espère qu'en ce moment même, il rend quelqu'un d'autre heureux et que, finalement, quelqu'un se soucie suffisamment de lui pour le voir heureux.


Photo source: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/femme-tenant-un-journal-en-brulant-3422053/